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mardi 31 janvier 2012

La vie des autres

Je l'ai déjà raconté ici je suis éducatrice spécialisée. Je travaille pour le moment auprès d'adultes atteints de  déficience intellectuelle, légères ou moyennes.

Dans mon métier, on croise des vies, on s'y attache, certaines s'accrochent a votre mémoire comme des coccinelles aux doigts d'Éloïse un jour de pluie.

Il y a quelque jours, j'ai appris que Nadine était condamnée. 
Nadine a 6 mois de plus que moi. Quand elle est née on lui donnait 3 ans a vivre. Mais à force de lutte, de désirs, de travail et d'amour de sa mère, de ses amis, et de certains hommes aussi, Nadine a survécue malgré son cœur malade.

Est-ce qu'un cœur rempli d'amour tient mieux qu'un cœur asséché. Je ne sais pas. Toujours est t-il que Nadine a vécu plus de 30 ans de plus que ce qu'on lui promettait.

J'espère que ca durera encore un peu, même si je sais que l'espoir aujourd'hui se fait un peu plus rare...

Parfois, je pense a moi et a Éloïse, a cette pensée terrible que j'ai eu le jour de sa naissance ... Cette pensée qui me poursuivra je pense jusqu'à la fin de ma vie... 

Et moi? Comment aurais je vécu la déficience de ma fille? Est-ce que, si le manque d'oxygénation de la crevette avait eu des conséquences j'aurais assumé? Comment je réagirais si a 34 ans, on m'annonçait qu'elle était condamnée?

Je ne sais pas. J'ai parfois cette pensée: ce miracle incroyable d'avoir une fille, qui malgré une naissance au rivière de la mort, est revenue des limbes avec une force, une vitalité, une combativité incroyable. Quand je la regarde, je vois cette chance que la mère de Nadine n'a pas. Il n'y a pas de pitié dans mes propos, loin de là. Juste, je mesure ma chance de ne pas être confrontée à cette souffrance que cette femme, affronte depuis 34 ans, cette souffrance de savoir que son enfant, par son handicap partira avant elle...

Ma mère a lu un jour un livre qui s'appelait "trois petits pas dans le sable". Lorsque ma grand-mère n'a plus eu que quelques mois a vivre, elle m'a citée cette phrase, lu dans ce livre:

"Quand il ne reste plus de jours a la vie, il faut rajouter de la vie aux jours".

Ce matin, en voyant , Nadine rire et se défoncer au d'jumbe, y prendre un réel plaisirs, j'ai repensé a ces mots. Et si j'avais le courage je dirais à Nadine:

"Vis Nadine, vis pleinement, prend le plaisirs qui s'offre a toi et oublie les jours."