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jeudi 20 décembre 2012

Cher Monsieur Depardieu

A l'instar de Magyd Cherfi et de Philippe Torreton, je tenais à vous écrire moi aussi... Sans doute ai-je moins de talent et moins de chance que vous me lisiez. Sans doute, dans mon état de femme lambda, ai-je moi aussi mon mot à dire...

Je suis éducatrice spécialisée. J'ai 34 ans, je vis en couple et j'ai une petite fille. Je ne suis ni riche, ni pauvre, j'ai des problèmes d'argent parfois, une française moyenne.

Je gagne aujourd'hui 1564 euros par mois. Je suis propriétaire, et je me saigne parfois pour finir les fins de mois et assurer les paiements.

Je suis fille de professeur, et d'un employé des assedic, enfant du service public.

J'ai accouchée à l'hôpital parce qu'il y a eu des complications, ma fille va à l'école publique, mes poubelles sont ramassées tous les lundis et jeudis, j'utilise la poste pour mes remboursement de la sécu à un prix dérisoire.

Et ça je le dois à mes impôts, et aux vôtres.

Quand je vois mes impôts, je soupire mais je ne me dis jamais que c'est du vol. Ma fille est en vie aujourd'hui, grâce à notre argent qui a permis de payer un réanimateur et un appareil qui a détecté un ralentissement cardiaque,  une formation à la sage-femme qui m'a guidée dans ma poussée. Je n'avais pas les moyens de me rendre en clinique privée, et sans cet hôpital, haut de gamme, ma fille serait morte.

Et ça je le dois à mes impôts, et aux vôtres.

Elle bénéficie d'une éducation de qualité, et côtoie aussi bien Jeanne que Keyliane, Emile ou Rayan. A trois ans elle connait la mixité.

Et ça je le dois à mes impôts, et aux vôtres.

Je suis payée par l'état pour accueillir et aider des personnes handicapées mentales qui seraient dans l’obligation de rester dans leurs familles sans solutions s'il n'y avait pas l'aide de l'état.

 Et ça il le doivent à mes impôts, et aux vôtres.

Oui Gérard, je la vois la misère, qui existe malgré cet argent. Ces famille qui nous accueillent dans des HLM, des maisons qui ont pour tout sol du béton, des familles qui vivent dans des caravanes.

Je ne veux pas faire pleurer dans les chaumières, mais je me souviens d'un temps où vous chantiez aux resto du cœur. D'un temps où vous visitiez les malades psychiatriques, pour parler de votre métier. 

Alors, il est vrai que quand je vous vois partir pour garder un peu plus de votre fortune, ça m'attriste. Non ça ne m’énerve pas, ça m'attriste. Oui, je trouve ça indécent de trouver qu'on ne gagne pas assez quand on gagne ce que vous gagnez. 

Il est où le temps où vous "galériez"? Le temps où vous avez connu la pauvreté, la misère?  Le temps où vous protégiez ceux que personne ne protégeait? N'avez vous plus aucun respect pour ces gens "d'en bas" qui vivent grâce à l'argent que nous donnons TOUS. Où est le Maheu que vous interprétiez si justement parce que vous les avez vu, vous les hommes de l’industrie, qui bossent comme des chiens pour trois francs si sous. Vous étiez crédibles, vous m'aviez séduite, sensibilisée , moi la petite fille de commerçants, qui n'avait qu'une connaissance que théorique de ces combats des premiers militants. J'avais tant d'admiration pour vous... Vous nous parliez de votre père, de votre famille.

Est-ce qu'on perd du cœur quand on gagne de l'argent? Est-ce que cela nous pervertit au point qu'on ne peut raison garder?

Sans doute ne lirez-vous jamais ma lettre, parce que je ne suis pas votre égale. Je en fais pas partie de votre monde. Je me sens une "moins que rien" quand je vous lis...  Il faut avoir bien peu de respect pour soi-même pour déshonorer sa propre histoire et tourner le dos à ceux qui ont contribué à ce que vous êtes. Et recevoir bien peu d'amour pour en avoir si peu à donner. Alors peut être que vous êtes à plaindre d'avoir si peu d'honneur...

Mais je n'ai pas cœur à vous plaindre, ce soir. Ma fille est malade et cette fois, quand je vais partir aux urgences en pleine nuit pour trouver un médecin, je pourrais remercier les français de l'avoir payer. Et vous ne serez pas de cela.

Et c'est un pavé très en retard pour la mère Cane (ou très en avance...)



"Mieux vaut honneur que honteuse richesse"
Eustache Deschamps