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dimanche 12 mai 2013

De la violence des enfants... et des adultes

Dans la classe d'Eloise, il y a quelques terribles. Quand je dis terribles, je suis gentille: a trois ans chopper le gamin de grande section pour les massacrer au fond de la cour j'appelle ça surtout être violent...

Je vis dans un village où je fais figure de pauvre avec ma maison et mon salaire à 1500 euros donc on ne peut même pas dire de ces enfants que la violence des quartiers est responsable...

Deux exemples, m'ont frappés, et je me suis dit que finalement, on était pas étranger à cette violence nous, en tant que parents d'élève sage.

Un soir je vais chercher ma fille à la garderie. Elle est au tableau à placer des lettres autour d'un cercle. A coté d'elle, William, un "terrible" grand gaillard qui dépasse ma fille d'une tête. Il enlève les lettre au fur et à mesure qu'Eloïse les place mais comme elle est prise dans son exercice elle ne s'en rend pas compte tout de suite. 
Lorsqu'elle arrive en haut du cercle, elle comprend que William l'embête. Ni une ni deux, elle lui hurle dessus, choppe la lettre qu'il a dans les mains. William ne dit rien, je dis à Eloïse qu'on rentre de toute façon et que du coup William va se faire une joie de ranger. William me sourit l'affaire est close. Sur le chemin, nous discutons avec Eloïse:
- Maman, William il m'a tapé à la récréation
- Ah? Et tu es allé voir la maitresse?
- Non j'ai appelé Bastien et il a tapé William en disant qu'il fallait pas m'embêter... 
- Et?
- Bah il l'a tapé. 

Je laisse courir, les histoires d'école doivent rester à l'école. Ma fille a trouvé un moyen de se défendre.
Le lendemain, je retourne chercher ma fille à la garderie, William court vers moi et me montre un puzzle très compliqué qu'il a fait tout seul.
Un grand passe et lui met son puzzle par terre. Je le ramasse avec lui et je lui refais son puzzle (et j'avoue que ça m'a pris au moins 5 minutes, du coup, j'étais assez étonné qu'un gamin de 3 ans ait réussi). Je félicite William, qui est tout fier. Sa mère arrive derrière moi, il lui montre:
- Oui, super. Allez on y va.
Le gamin pose son puzzle fait une dernière bêtise en tapant dans le mur. Sa mère le dispute. Ca y est, elle s'est occuppée de lui.

Quelques jours plus tard je raconte ça une autre maman... Un peu choqué par ce que je viens de voir. 
"Oui de toute façon, je ne veux pas que, parce qu'elle ne sait tenir son fils le mien en patisse. Du coup j'ai dit à Louis de ne pas être copain avec lui...". De là, j'ai commencé à tenir ma langue...

Ce môme a trois ans. Sa mère qui a sans doute pleins de raisons d'être fatiguée, ne voit pas que son fils demande juste un peu d'attention... Mais qui n'a jamais été dans ce cas là? Qui est toujours disponible pour son enfant? Par contre être désignée comme l'intouchable, celui qu'il ne faut pas cotoyer parce qu'il n'est pas sage, pas poli, pas "dans la norme"... Je trouve ça grave! 

Un soir Eloïse rentre, un peu chafouine:
- Eunice, elle veut toujours me faire des bisous mais moi je ne veux pas.
- C'est ta copine Eunice?
- Des fois oui, mais des fois, je l'aime pas.

Eunice est une petite fille qui je pense, a un petit problème de construction ou psychique ou psychologique. Tout est trop: soit elle embrasse parce qu'elle t'aime, soit elle te bouscule parce qu'elle ne t'aime pas. Il n'y a pas de limite. Mais je pars du principe que dans la vie ma fille ne rencontrera pas que des gens qui rentreront dans les cases "normale, sain et dans les clous". Elle n'est pas obligée d'être sa copine, mais elle doit aussi faire avec, parce qu'elle est dans sa classe.
- Tu sais Eloise, Elise elle n'arrive peut être pas à te dire qu'elle t'aime bien. Et comme elle n'y arrive pas, elle te fait des bisous. Il faut que tu lui dise: "je veux bien être ta copine mais j'aime pas tes bisous. Alors on joue toutes les deux mais tu me fais pas de bisous"

Depuis à la garderie, je les retrouve à jouer au coiffeur...

La maîtresse dit d'Eloise, qu'elle est "cataliseur". C'est à dire que, quand ils sont en binome, si elle met un "terrible" avec elle, il se calme immédiatement... 
Tu m'étonnes. Eloïse est cataliseur, parce que c'est sans doute une des rares de la classe à avoir compris, parce qu'on lui a expliquer, qu'on est tous différents, et que vivre ensemble, ça demande un effort.

Quand on me demande pourquoi je ne suis pas pour "l'école à la maison", c'est aussi pour ça. Parce que l'école ça ne sert pas qu'à apprendre à écrire et à compter, ça sert aussi à apprendre à faire avec ceux qui ne sont "pas comme nous" c'est à dire le reste de l'humanité. L'école, c'est aussi l'école de la vie, où tu vas te faire ta propre vie sans le regard de papa et maman, où tu vas partager des trucs fort, mais aussi rencontrer la violence, l'injustice, le mépris.

Alors quand au premier petit venu, qui ne sait pas se faire des copains autrement que par la violence ou l'extrême promiscuité, est exclu, non pas par les enfants mais pas les adultes ça me fout en rogne. On peut bien ensuite crier au loup, quand un jeune de 17 ans se fait tuer par balle dans une cité de Marseille mais, qui lui a tendu la main à 3 ans? 

La violence, n'arrive pas comme ça par hasard. La violence arrive par différents facteurs: l'inattention parentale, le manque de cadre, mais aussi la stigmatisation et la mise à l'écart. Oui, on est tous responsable des ces deux gamins qui mettent le bronx, parce qu'on fait des messes basses devant l'école et on regarde de travers, et on dit à nos enfant, "ne l'approche pas...". Et je reste persuadée que si petit on apprenait à nos enfant à se réunir pour dire à ces enfants "On joue avec vous si vous arretez", en leur expliquant la solidarité et l'importance de la parole, on en sauverait pas mal des gamins.

Mais l'année prochaine, dans la classe d'Eloïse, il y a un départ en école privé. Parce que "ces enfants là c'est plus possible" dixit les parents....

Liberté, Egalité, Fraternité. C'est aussi à nous qu'il advient de faire respecter cette maxime.

Et c'est un pavé tout brouillon mais un pavé quand même!