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mardi 21 mai 2013

Mon pavé dans la mare: s'intégrer ou se désintégrer

J'ai un nom bien français. Un prénom, tout aussi typique....

Ma fille a un prénom moyen-ageux, et un nom tout aussi français. Le mien vient de Vendée, le sien du nord de la France.... Vu comme ça, on n'est pas les premières concernées par les histoires d’intégration.

Pourtant, mon grand-père s'appelait Belotti.
Le grand-père de chéri Bandini.
Des gros nez, des sourcils bien fournis, des grosses mains... c'était écrit sur leurs visages, dans leur corps.

Mon grand-père est arrivé à l'âge de 10 ans en France. 

10 ans. Le temps d'acquerir une culture, une langue, et comprendre un déracinement. 
Mais déjà à l'époque, il fallait s’intégrer. Et dans la famille de mon grand-père ça ne rigolait pas avec l'integration: Les prénoms italiens ont été francisés, plus personne ne parlait italien à la maison, et on se mettait au travail le plus tôt possible. A 16 ans, mon grand-père, pourtant brillant à l'école, qui rêvait d'être instituteur, a dut tout abandonné car les études était trop chers... abandonné les rêves d'instituteur, il est devenu préparateur en pharmacie...

A 23 ans quand il a voulu épouser ma grand-mère, les choses se sont pourtant compliquées. Même si mon grand-père portait un prénom bien français, qu'il ne connaissait plus un mot d'italien, il était hors de question pour la famille de ma grand-mère de la donner à un "rital". Ils ont fini pourtant par céder...

Ils ont construit une vie à 2, pendant 50 ans, mais je me souviens encore du sourire pincé de mon papi quand on croisait des "honnête gens" appuyant sur le "Béllllllloti" à l'italienne pour lui rappeler d'où il venait.

Je me souvient lui avoir demandé:
- On dit Bélotti papi?
- Non, on dit Beulotti
-Alors pourquoi ils disent Bélotti???
- Parce qu'ils se trompent
- Mais tu ne leurs dis pas?
- Je leur ai déjà dit...

Mon grand-père souffrait sans doute du complexe de l'immigré: la France l'avait accueilli, éduqué, offert un travail... il devait en accepter ces petites brimades...

Je me doute que d'autres choses bien plus graves ont dues arriver. Plus tard, le magasin de mes grand-parents a fait faillite. Je n'ai jamais su ce qu'il s'était réellement passer, juste ma grand-mère parlait de la "méchanceté des gens"....

Bref. Mon grand-père était un modèle d’intégration, comme les désignent Zemmour et autres droitiers de droites...


Et pourtant, moi-même, je me revois demander à ma mère ce que voulait dire rital, pretextant lire un bouquin de Cavanna alors que je l'avais entendu au propre enterrement de mon grand-père. Je voyais donc bien, que malgré cette intégration parfaite, mon grand-père était cible de racisme.

Alors aujourd'hui, quand j'entends parler "d'integration", des descendants d'esclaves ou des jeunes de banlieue, ça me fout la gerbe. Au sens propre.

Parce que pour integrer une pile dans une télécommande, il suffit de la volonté d'un homme. Mais on ne demande pas à la pile si elle veut y aller. 

Mon grand-père n'était pas une pile. Mon grand père était un homme qui a oublié son histoire pour devenir français. Et on a continué à le traiter de rital jusqu'à la fin de sa vie. 

Les noirs, les arabes, les asiatiques, les indiens, je m'en fout, du moment qu'ils ont une carte d'identité française, ils sont français et on ne leur demande pas de s’intégrer.  Que tu t'appelles Mamadou, Cohen, Tong ou Dupont, tu es français.C'est la république même qui te l'a dit... 

Alors on arrête avec cette histoire d’intégration. Si ils ne s’intègrent pas c'est qu'on leur rappelle qu'ils ne sont pas d'ici. Donc c'est nous qui ne les intégrons pas. 

Foutre le bordel sur les champs Élysée, ce n'est pas une marque de manque d’intégration, c'est une preuve de bêtises, de conneries même. Ils sont condamnables non pas parce qu'ils sont noirs, arabes ou de banlieue mais bien parce que ce sont des petits cons à qui personne n'a appris à réfléchir. Alors on arrête par pitié de sortir le mot intégration à toutes les sauces pour expliquer un acte graves.

L’intégration ça n'existe que pour les piles. 

Et c'était un pavé pour la mère Cane