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mercredi 26 juin 2013

Cher Dr Kapote

J'ai bien lu tout ton article dans Causette sur le blues du travailleur social. Et je viens apporter de l'eau à ton moulin, parce que moi, ce n'est pas le blues que j'ai attrapé c'est la dépression tout entière.


D'abord parce qu'en effet pendant que mes chefs me disent "non c'est pas possible, y a plus de sous", eux, s'endorment aux novotel pour des colloques supra importants à l'autre bout de la France... Donc je ne tape pas directement dans la coupe du budget des caisses de l'Etat mais bien dans celui des associations qui n'ont jamais de sous. Sauf pour le confort des élus. 

Ensuite, à force, on construit des projets sans moyens. Voilà comment ça se passe:
- Tu fais ta proposition
- On te répond: "Monte un projet"
- Tu montes ton projet
- On te répond que ça ne fait pas partit des projet de l'établissement.

J'ai proposé de monter une vraie troupe de théâtre avec des adultes déficients intellectuels. On m'a demandé à la place de les emmener à la piscine.

J'ai proposé de monter un groupe de paroles autour de la sexualité. On m'a répondu que c'était d'accord mais pour parler de la vie affective. Parce que sinon on va choquer les parents.

Parallèlement à ça il faut monter un projet pour accompagner, Lisa chez Monsieur bricolage parce qu'on a besoin de papier a poncer, ou expliquer pourquoi j'emmène Claire en voyage à la mer (alors que c'est simplement parce qu'elle nous l'a demandé...). 

Mon collègue a passer plus de temps à fabriquer un parking pour la direction que de proposer un travail à aux résidents, ma collègue de cuisine passe plus de temps à respecter les normes d'hygiène qu'à expliquer comment faire cuir un steack, quant à moi, je n'ai même plus de salle, parce que "tu comprends, faut qu'on stock et c'est ta salle qui est la moins utilisée".

Il y a des jours où je me demande à quoi sert un éducateur. Accueillir la parole tu dis? Mais quelle parole? Quand j'ai fini de relever la température des frigos, désinfecter la cuisine, relever les présences et les absences, que j'ai remplis les dossiers MDPH, écrit les PP, préparé le prochain voyage, appelé tel ou tel logement, fait les courses, le ménages, signalé la fuite,... Bah je n'ai plus de temps pour l'écoute ou la parole...
Insufflé la parole? Interdiction de parler de sexualité, de politique, d'idée... Au risque de choquer les parents. Déjà si on pouvait leur insuffler l'idée de liberté et de révolte.... On verra après pour la parole hein...

Moi aussi les mots me hantent. Mais toi tu as de la chance parce que même si les mots que tu entends sont moches, et terribles, ils existent. Ils sortent, ils veulent dire quelque chose... Oui tu as de la matière, de la merde, des déchets de mots mais tu as de quoi travailler.

Moi je n'ai rien ou si peu. Et le peu que j'ai, on me dit "surtout n'y touche pas, on pourrait penser que tu vas le voler". Oui le negationisme social s'inscrit aussi là: entre handicapé et non handicapé. Et pire, le fossé social est perpétué non pas par les politiques mais par les associations elles-mêmes.

Chez moi la virginité ne s'invite pas dans le débat parce qu'elle est évidente. Et pourtant s'ils savaient, combien de jeune n'attendent qu'une chose partir en transfert pour pouvoir "dormir ensemble". Moi ce n'est pas des polémiques que je récolte en abordant le mariage pour tous, mais des avertissement parce que certaines familles n'ont pas suent faire face aux questionnement de leurs enfants (la trentaine quand même) et qu'ils s'en sont plaint à la direction. Direction qui ne m'a évidemment pas soutenu, parce que je n'avais pas fait de "projet" sur la question.

Alors moi aussi j'ai le morale dans les capotes. Pas parce que les jeunes ont des idées héteronormé, mais parce que je suis bloquée par des adultes intelligents et responsables dans cette idée que "surtout, surtout ne bougeons pas choses ça pourrait choquer quelqu'un".

Oui Dr Kapot, il y a encore du boulot, avant de changer le chemin de terre en autoroute. Mais je crois qu'on y peut rien, le sens de l'égalité est dans nos gènes. Que ce soit entre femmes et hommes, trisomiques ou non trisomiques, noir et blanc, hétéro ou homo, ça nous foutera toujours le mal de ventre d'être témoin de ça... Alors on est une poignée, et on continue. Parce que sinon on aura tout à fait perdu.

Et tant qu'a faire, je n'ai plus personne pour répondre aux questions sur la sexualité à mes résidents... Tu viens nous voir?