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jeudi 12 décembre 2013

Le pourquoi du pardon

Tout d'abord, je voudrais vous remercier de tous ces messages poignants, en privé, en message, sur Facebook, que vous avez pu me laisser. J'ai été très touchée  que vous ne pouvez pas vous imaginer.

Ensuite, je voulais préciser que je ne m'érige pas en exemple. Et c'est pour ça que je voulais préciser pourquoi et comment j'avais pardonner, parce que ça ne concerne que moi, et que non, je ne suis pas un être d'exception. Simplement, dans ma vie j'ai eu la chance d'être des deux cotés de la barrière.

Il y a cinq ans, j'ai travaillé un court moment dans un internat. On y accueillait des ados, en mal de repère, qui ne tenait dans aucuns internat, aucune famille d'accueil, qui mettait tout en échec. Je ne suis pas sure que cet endroit était le lieu qu'il fallait pour eux mais voilà, je travaillais la. 

Là, j'ai rencontré un jeune, auquel je me suis particulièrement attaché. C'était sans doute le plus dur de tous. Mais je ne sais pas avec moi, ça marchait. Il était sans doute en recherche d'affection,  et son histoire m'avait touché. Petit, il avait été élevé au milieu d'une grande fratrie. La maman au prise avec une secte, était persuadée que cet enfant avait le diable en lui. Alors, pour le faire sortir, elle lui plantait des morceaux d'ail là où je pense. Parfois, elle le lavait à l'huile chaude, ou bien l'obligeait à dormir debout. Un soir alors qu'il a 4 ou 5 ans, elle ne sait plus quoi en faire alors elle l'abandonne dans une église... 

Ce garçon, quand je l'ai rencontré avait 14 ans, mais en paraissait 12. Il avait parfois des accès de violence mais j'arrivais toujours à le calmer par une parole rassurante, mais stricte.  Un soir alors que je le couche, il me dit "Je t'aime bien Mowgouaille, parce que toi, tu dis les choses strictement mais on sait pourquoi."... Saligot, il savait me parler...

Bref, les jours on passés et une relation particulière c'est liée entre lui et moi. Je suis rapidement passée sur un autre service mais souvent il venait me voir dans mon bureau, même pour ne rien dire. 

Et puis un matin les flics sont arrivés dans le centre. Ce n'était pas rare: un vol, une réprimande, une mise en garde. Mais je les ai vu l'emmené. Au début, je ne me suis pas inquiétée parce qu'il n'était pas rare qu'il parte avec les policier pour une heure ou deux...

Mais en fait, il n'est pas revenu. Plus tard, j'ai appris par une de mes collègues qu'il avait été arrêté pour attouchement sur le petit fils de la mère de sa famille d'accueil. Je ne sais pas trop ce qu'il est advenu de lui... Je suis partie avant.

Mais je me suis rendu compte d'une chose. Son histoire, sa personne, je l'avais aimé pour lui. Je sais qu'on ne doit pas dire ça dans mon métier mais certains visages vous restent plus que d'autres. Lui, j'avais vraiment eu un coup de coeur, je l'avais vraiment trouvé attachant.  Et soudainement il était devenu l'agresseur, celui qui avait fait du mal. Il était à la place de l'Autre et moi à la place de ce petit garçon.

Alors j'ai cherché ce qui m'avait poussé à m'attacher à lui, et surtout je me suis demandé si malgré ce que je savais de lui, je l'aimais moins, si je m'inquiétais pour lui. La réponse était évidente. Je m'inquiétais pour lui, malgré ce que je savais. J'avais de l'attachement pour ce garçon même si les raisons de son arrestation étaient insoutenables. Je haïssais son acte. Mais lui me touchait encore au plus profond.

Alors, à ce moment là, je me suis dit que l'homme qui m'avait agressé était sans doute de cette trempe là. C'est là que j'ai compris que sans doute, lui non plus, personne ne lui avait jamais appris à aimer, ou comment aimer. Que sans doute personne ne lui avait appris les règles de vie, pour bien vivre et être accepter. Il était condamné à être "le mauvais" toute sa vie. 

Moi, j'ai eu la chance d'être du bon coté de la barrière, et tout ce que j'ai expliqué hier, a découlé, logiquement.

Ce pardon, est arrivé parce qu'un jour, un petit garçon de 14 ans, sans le savoir, m'a apporté une autre façon de voir la vie. Une vie où tout n'est pas blanc et noir, bon ou mauvais mais où les choses sont faites de mélange et de contrastes même quand il nous semble qu'on a à faire à la plus grande des noirceur.

Bien sur, tout le monde ne peut pas pardonner. Non, ce n'est ni par grandeur d'âme ou leçon de vie que j'en suis arrivé à cette conclusion. Juste, un petit délinquant, "un peu loupé en somme, se croyant inutile, banni des autres hommes" comme dirait l'autre qui m'a appris à pardonner... Et ce qui me tue c'est que je ne pourrais jamais lui dire, que lui, a changé ma vie.