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vendredi 20 décembre 2013

Ne plus aimer son taf

En ce moment je photographie les cieux. C'est vrai, c'est beau un ciel bien bleu, traversé par une ligne d'avion ou entrecoupé d'un nuage perdu... C'est fascinant cette immensité du ciel, tu te dis une seconde que ça n'a pas de fin, que rien ne le termine... Et puis la seconde d'après, tu es seule sur ce pont, et tu te dis que lui, n'en n'a rien a faire de toi. Que tu es là seule avec ton désespoir d'aller travailler et que personne n'arrive a le comprendre.

Quand tu es petit, tu rêves d'être grand. Tu te vois déjà rire avec un mari qui te protéges, pleins d'enfants, un boulot passionnant. Et puis tu grandis et rien ne se passe comme tu l'avais imaginé. J'aurais sûrement du m'en tenir a mes rêves de gosses et pas me laisser décourager par des conseillères d'orientation en mal de leur boulot, qui pensent que parce que tu rames en terminale, tu rameras toute ta vie et que ce n'est pas la peine de rêver, ma fille tu n'iras pas bien loin après le bac. Je me suis faite avoir. Avoir par mon manque de confiance en moi, par mon envie de sortir de ce bahut ou j'étais malheureuse, par ma précipitation, mon manque de courage.

Alors pour prouver à tous ou je ne sais qui que je pouvais y arriver, j'ai enchaîné les études et puis il a fallu se poser. Comme j'aimais bien aider les gens je me suis dis autant être payée pour ça. Et je suis devenue educ.

C'est vrai qu'au début c'était sympa. On me foutait pas mal la paix et les gens passaient leur temps a me remercier. Je n'avais pas le temps de voir que j'étais pas faite pour ça. Et puis je suis passée aux ados qui eux n'attendent que la faille pour te mettre a terre. Autant te dire qu'en quinze jours j'étais six pieds sous terre. Au début tu te dit que c'est juste le public qui ne te convient pas. Alors tu passes aux handicapés. Mais là tu as toujours un collègue pour te signifier ce que tu ne fait pas bien. Tu te met à douter. La famille, les amis, te rappelles combien tu es engagé, avec ceci, tes bonnes idées… Mets toi au fond de toi tu sais bien que quelque chose cloche.

Et un matin ta collègue, te rappelle à quel point tu n'es pas bonne dans ce que tu fais.  La dernière marque de dignité qu'il te reste est de sourire fixement. Mais la coupe au fond de toi, la douleur commence à se remplir. Tu sais bien qu'à ton boulot ils le pensent tous plus ou moins. Et toi, plus ça va, et moins tu te sens bien dans ton boulot, et surtout tu te sens comme le poids lourd de l'équipe. Le poids mort dans ce fleuve qui coule si bien. Et tout doucement tu coules.

Tu passe ta journée à regarder autour de toi. Enviant ceux qui ont l'air de bien vivre cette situation, être heureux au travail. Et puis il y a les résidents, appeler par leur occupation ne voit pas ton chagrin gagner du terrain. Arthur, s'enferme dans les vestiaires de la piscine ? Tu vois bien que tu n'y arrives pas avec "celui-là". Pourquoi ça ne passe pas? Pourquoi tu bloques?

 Et c'est la goutte qui fait déborder les pleurs. Au début tu laisses pleurer à l'intérieur. Puis l'après-midi se passe ce n'est plus possible, tu vois bien que tu n'es plus à ta place ici. Tu t'enfermes dans sa toilette et tu laisses couler.

Quelle solution ? Changer de poste ? Aucun poste de disponible dans mon secteur sans permis de conduire. Passer le diplôme pour être professeur des écoles ? Réviser en étant fatiguée et déprimée autant dire que j'ai autant de chance d'avoir ce putain de concours que de coucher avec Brad Pitt le soir de Noël.  Mon chef, désespéré par mon incompétence, sans doute, me propose d'une façon a peine voilée, de me mettre en arrêt maladie. Mais ça je ne peux pas. Je suis en mesure physique d'aller travailler et je ne peut pas vivre sur le dos de la sécu, sous prétexte que j'ai mal choisi mon orientation, à 23 ans. Et puis pourquoi? Revenir dans 3 mois avec leur regards bardés de reproches?

On comprend les alcooliques, les drogués, on crée des cellules de discussion pour eux, pour qu'ils expliquent leur manque, leurs besoins. Mais si il n'y a pas de travailleurs incompétents anonymes. Pas de burnoutés anonymes. Si tu parles à ta famille, ils haussent les épaules en disant « ce n'est pas toi le problème, c'est eux. » En n'attendant ça ne résout pas le problème. Tu dois toujours te lever le lundi matin pour rien. Et puis il y'a les collègues compatissants. Ceux qui haussent les épaules d'un air de dire « tu vas trouver autre chose. » Mais toujours personne pour te trouver une solution.

Alors, le matin pendant une seconde le temps s'arrête et tu prends le ciel en photo. Pendant cette seconde là, il n'y a que ce ciel qui compte. Parce que justement, c'est le seul qui ne te dit rien.