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mardi 14 janvier 2014

Mon métier repose sur la misère du monde

Parfois dans mon métier je croise des gens qui se prennent pour des supers héros. Bizarrement ils sont d'ailleurs souvent chefs.

Ça se manifeste généralement par leur capacité à commencer leurs phrases par "moi je...", "quand je travaillais...", "j'ai fait...". Dans un secteur où le travail d'équipe est essentiel, ça me pose toujours question...

On les voit d'ailleurs plus souvent serrer la main à des députés qu'aux résidents, et ils prennent souvent la parole pour montrer à quel point ils sont utiles et compétants.

Je ne serais jamais de ceux-là. Du moins je l'espère. Parce que dans cette relation à l'autre il y a le don et le contre-don. Oui c'est vrai je me bouge le cul pour mes résidents, pour qu'ils soient le plus heureux et le plus libres possible mais en même temps c'est grâce à eux que j'ai un travail, un salaire et même une certaine estime de moi.

Mon travail repose donc sur la certitude qu'il y aura toujours des gens à aider, des gens dans la misère, souffrant de handicap. Mon métier repose sur le fait que la société est incapable naturellement d'inclure ces personnes dans la société. Et sur le paris que ces gens existeront éternellement donc que nous sommes partiellement inutiles. On est loin des supers héros.

C'est pour cela que je suis quelque peu mal à l'aise avec mon job. Quand j'ai commencé j'espérais avoir une utilité dans la société. Il ne justifie, en réalité, que de ses inégalités. Et le pire c'est que souvent on est porté au nue par une société qui est rassurée de voir un groupe d'humain qui s'occupe de ceux dont elle ne sait pas s'occuper. Complexe et complexité, s'en vont par paire sur un joli chemin  de terre...

Dans certaines civilisation, passées ou présentes, c'est ou c'était le groupe qui prenaient en charge les exclus. Autrefois on gardait une place à table pour le pauvre, on demandait au plus bêta d'aider au ramassage des crottes de vaches, on faisait donner son lait aux mères célibataires. Puis la révolution industrielle est passé par là: les tracteurs ont pris la place du plus lent et les biberons maternisés ont nourris les enfants dont les mères ne pouvaient pas donner le sein. Alors on a formé des gens pour trouver quoi faire d'eux...

Ce boulot est à mon sens un désaveux de notre société. Ce qu'elle ne peut résoudre, elle le met entre les mains de quelques hommes, en les formant pour qu'il préserve une certaine tranquillité sociétale: De bons chiens de berger qui garde le troupeau. Parce qu'on apprend pas grand chose à l'école: des donnés administrative, se protéger, organiser des "pratiques éducatives"... Mais l'essentiel, le lien à l'autre?

Voilà ce que je n'aime plus dans mon job. D'être le justificatif d'une certaine misère, d'une mise à l'écart. Un peu comme ces déchets qu'on jette en se disant "ça crée de l'emploie, si on n'a plus de poubelle , les ramasseurs seront au chômage". Pourtant, les éboueurs eux, ne sont jamais traités comme des héros..

Je n'oublie jamais que j'ai un certains pouvoir sur la vie de ces gens. Selon si je suis compétants, à l'écoute de leurs besoins ou non, je peux les accompagner à ne pas être malheureux dans leurs  vies. Mais avoir du pouvoir, ce n'est pas avoir du pouvoir sur les gens. Avoir  du pouvoir c'est avant tout être responsable du destin des autres, les représenter et porter haut la parole qu'ils ne peuvent pas eux-même porter. Avoir du pouvoir, c'est prendre des décisions pour eux au plus prêt de leurs besoin, de leurs demande. Avoir du pouvoir, c'est avoir des responsabilités d'écoute, et d'application des besoins.

Je n'ai donc pas de "super pouvoirs". Je ne suis donc pas un super héros. Je suis juste un malheureux chien de berger qui a du travail que s'il existe de la misère en France...