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vendredi 7 février 2014

Chère Marie Fugain

J'ai acheté votre livre hier, et j'aurais pu l'acheter à sa sortie. Au départ je ne voulais pas, je trouvais qu'il y avait quelque chose de malsain à lire et regarder la misère, le malheur de quelqu'un qu'on  ne connait pas... C'est bizarre comme démarche.

Mais en fait ce n'était pas la vrai raison... 

D'abord, il y a longtemps, peut-être au début des années 90, j'étais venu à un concert de votre père avec mes parents. C'était précieux parce que les sorties en tête à tête avec mes parents il n'y en avait pas beaucoup... Je me souviens de la chanson phare de cette album: Les années guitares. Mes parents étaient là assis eu 3eme rang, et je ne sais comment il m'avait dégoté une place au deuxième rang. C'était la première fois que je mettais les pieds à l'Olympia.

Devant moi, la rangée était occupée par des filles de mon âge. Je repérais déjà la petite brune qui sautillait sur son siège: Laurette. Je savais qui elle était parce que 2 ou 3 ans auparavant elle avait fait partie d'un groupe produit par vos parents, et quand on a une dizaine d'année voir une fille de son âge, vendre des disques ça fait rêver. J'avais envie qu'elle me parle qu'elle se retourne, qu'on soit copine... Elle m'a juste demandé le prix de mon billet, j'ai balbutié que je ne savais pas... J'avais 12 ans on s'émeut de pas grand chose à cet âge. Je vous ai vu vous, rentrer, la vingtaine, un foulard dans les cheveux, grande, jolie... Vous vous êtes rapidement éclipsée dans les coulisses avec votre maman, laissant Laurette me faire le spectacle avant le spectacle.

Quand j'ai appris sa mort, j'ai repensé à cet instant. J'ai repensé à son âge, au mien, à ma vie, à mon envie d'être sa copine. je regardais la photo de Paris Match, cette famille unis souriant, éclatante, qui contrastait avec cet horrible nouvelle. Mon sentiment de honte, parce que je voulais savoir... 

C'est à la même époque que j'ai rencontré ma meilleure amie. Celle qui vous dit les choses avec douceur, parce qu'elle sait que c'est difficile à entendre... Votre âmes-soeur, celle que vous reconnaissez parmi 10000....

Dans des circonstances différentes et pourtant si proche, mon amie, a perdue sa sœur, malade elle aussi. Je l'ai vue se déconstruire, garder pour elle, tomber malade a force de retenir les larmes, la colère... Parfois vos mots sont exactement les mêmes, ça en est troublant... Je reconnais chaque passage, elle aurait pratiquement pu écrire ces lignes...

Moi, en face, je n'ai pas su quoi faire. J'étais désarmée face à cette douleur. J'étais triste aussi. je voyais qu'une relation forte se nouait entre elle et moi, et voilà qu'une part de sa vie se défilait avant même que je puisse réellement la connaitre. Je voulais être là. Je voulais prendre sa douleur, je voulais lui parler, lui demander, je ne savais pas comment on demande à une amie comment ça se passait dans ces moments là. J'ai écouté, beaucoup. Parfois j'ai sans doute dis des mots de trop. Et parfois pas assez sans doute.

Quand elle s'est mariée, je fus son témoin, quand elle a accouché de son premier enfant, je venais de mettre au monde ma propre petite fille. Parfois j'avais l'impression de prendre la place de V. Aujourd'hui encore où des liens forts se tissent entre nos enfants, j'ai l'impression de vivre les choses à sa place. Et je m'en veux. Et puis, parfois, je me dis que quand, elle sera prête alors je pourrais aussi parler de leur tante à ses neveux, des souvenirs qu'elle m'a laissé, de son humour, de son auto-dérision,... Parfois je me dis que je peux être là, autrement, mais tout aussi fortement.

Alors ouvrir ce livre, c'était plus difficile que ce que je ne le pensais. Bien plus que du voyeurisme vulgaire finalement. J'avais peur de m'en prendre plein la tête, de voir mes craintes m’exploser en pleine gueule: "ai-je été assez là?", "Est-ce que je lui ai demandé, moi comment elle allait?", "n'ai-pas été malheureuse à sa place?". Oui, j'avais peur d'être de ceux-là. Dans la même période la vie a voulu que je parte de la ville où nous habitions toutes les deux. J'avais l'impression de la lâcher. 

J'avais le chagrin de la voir malheureuse. Et notre amitié se construisait là dessus. Alors quand j'ai osé (10 ans plus tard quand même hein... J'ai mis le temps à le passer ce foutu pas), ouvrir ce livre, j'ai compris. J'ai compris que sa douleur était la sienne, que je ne prendrais jamais la place de sa sœur. Que j'avais pris, comme je pouvais la place de celle qui écoute. Qu'il y a parfois des moments, où j'ai oublié de lui demander comment elle allait. Mais c'est aussi ça qui la ramenait dans la vie, petit à petit. J'ai compris que la seule chose qui pouvait aussi aider à construire, à continuer le chemin, c'était l'amour. Et dans cet échange, elle m'a appris que je pouvais être là, sans prendre la place de personne. Mon amie, dans son malheur a été encore suffisamment forte pour être là, elle aussi pour moi, et me laisser penser que mes malheurs étaient aussi importants que les siens. Je n'ai jamais eu à me retenir de mes chagrins avec elle, chaque petite larme avait son importance, aucun chagrin n'était négligeable. Tout ça pour dire à quelle point elle est formidable.

Je voudrais juste dire à mon amie, que ce livre elle devrait le lire, parce que c'est l'histoire d'un malheur, d'une vie qui continue, un peu différente "évidemment". C'est un livre qui parle et étrangement de toi, d'elle, de tes parents aussi... Mais aussi de tes enfants, de ta vie. C'est un livre qui montre aussi que les stylos qui ne fonctionnent plus ou les feuilles qui se posent sur ton cœur, sont parfois des signes qu'il faut prendre avec tendresse. Et puis ce sont les mots que je ne pourrais jamais te dire parce que je ne connais pas ce malheur. Mais j'aurais aimé pouvoir trouver ce recul pour être là, plus juste, moins maladroite.
J'espère que tu ne m'en voudras pas d'avoir un peu exposer ta vie dans cet article. Mais je ne pouvais pas écrire cette lettre à Marie Fugain, sans qu'elle ne s'adresse un peu à toi aussi... 

Je t'aime.