Et on se rencontre???

Suivez-moi sur Hellocoton
Retrouvez mowgouaille sur Hellocoton

mercredi 19 novembre 2014

Trouver sa place

Je sais que ce billet sera peu lu, bien trop personnel, bien trop incompréhensible si tu n'es jamais passé par là.... Pourtant ce billet j'ai mis du temps à l'écrire. Peut être même ai-je mis 36 ans pour pouvoir le dire.... Du plus loin que je me souviennes, je me souviens de m'être poser la question: où est ma place? Aujourd'hui j'ai la sensation d'avoir accouché de ce billet.... Maintenant je peux souffler. C'est sans doute le billet le plus personnel et peut-être le plus important...

A l'école, je me sentais souvent la cinquième roue du carrosse, des copines oui, mais jamais LA meilleure amie. J'étais celle qu'on invitait aux anniversaire quand il restait une place, j'étais l'avant dernière qu'on choisissait au sport, l'amoureuse qu'on prenait quand Ludivine Martiale vous avait quitté. 

A la maison ma place n'était pas forcément évidente non plus. Deuxième d'une fratrie de trois, au milieu de deux garçons qui avaient leur qualité propre et imposante.... Mon grand frère, intelligent, précoce, réussissait à l'école en lisant sa leçon, posant trois questions et en devenant champion de France d'athlétisme junior à 13 ans. J'ai grandi en entendant "c'est une bonne élève mais ce n'est pas son frère...". La douceur des adultes... Il a fallu qu'à 30 ans je tombe sur mes carnets de notes pour me rendre compte que certes je n'avais pas 19 de moyenne partout mais que 17, c'était pas mal non plus. Mon père était en admiration devant mon frère qui excellait.

Et puis il y avait le petit. Ma mère n'a jamais voulu le reconnaitre mais elle avait une affection particulière pour lui. Ce n'était pas le préféré, comme je l'ai longtemps cru, mais sa revanche, ce petit troisième auquel elle ne croyait plus, et puis ce petit dernier tout cours... Et puis mon frère était drôle, gentil et capricieux.  Il se mettait dans des colères extraordinaires et tout le monde se retournait sur lui. Entre le génie et le fougueux, moi je me faisais oublier. J'étais la sage, la discrète.

J'ai été aimé. Pas moins que mes frères. Mes j'avais sans doute moins d'attention. Je me faisais oublier parce que j'avais la sensation de ne pas avoir de place.

Et puis j'ai grandi. Je voulais devenir institutrice, je suis devenue éducatrice spécialisée. J'ai aimé mon travail. Vraiment. Il y a des prénoms et des noms qui ne me quitteront jamais: Esteban, Aurélie, Boris, Mr Rozenberg, Kanh, Maxime, Kevin, Mohamed, Emmanuel, Arnaud, Samantha, Patricia.... J'ai aimé travailler avec eux. Mais j'ai senti dès les premiers instants que ce n'était pas pour moi. Au début c'est une sensation diffuse car c'est quelque chose que tu connais, qui fais partie de ta vie, tu n'es jamais à ta place. Il faut donc que tu prouves aux autres, et à toi même que tu es la meilleure. Tu fais des trucs EXTRATORDINAIRES, énormes, pour qu'on crie au génie. Quand ça marche, tu te gonfles de fierté, telle une bauderuche en perdition.... Mais quand ça ne marche pas... Tu rejettes la faute sur les autres, ou bien tu te fonds dans une dépression intense...

Après, la vie est surprenante... Parfois tu prends des chemins de traverses et la vie te ramène là où tu devais aller. Dans le coran, on appelle ça le mekhtoub souvent traduit par "le destin", mais en fait le mekhtoub c'est l'image de la rivière qui doit suivre son lit pour se jeter dans la mer. Parfois elle prend des détours, parfois sort de son lit, parfois même rencontre des barrages, mais elle fini toujours par se jeter dans la mer. Mon mekhtoub à moi c'était de devenir professeur des écoles. 

Aujourd'hui je suis encore stagiaire. Mes notes sont bonnes, je sais qu'elles ne pourront pas toujours être excellentes, je suis inspectée, parfois on me dit que je dois être plus consciencieuse dans mes préparations de cours, dans ma promo, je créé aussi des inimités, mais tout ça je m'en fout. Je sais que je dois travailler, je sais que je ne suis pas la meilleure maitresse du monde et que je commence, je sais que je ne peux pas être aimé de tous. Je le sais et je l'accepte parce qu'enfin j'ai trouvé ma place. Je n'ai pas à remettre tout ça en question puisque je sais que ma place est là dans ces classes auprès de mes élèves et que même si je ne les vois qu'une fois par semaine, ce sont mes élèves et se nouent avec eux une relation particulière, parce que je leur apprends des choses, je les élève au sens propre du terme. Avec moi, ils grandissent (rassurez vous je sais que ce n'est pas de mon seul fait... Je suis prétentieuse, arrogante et faux-cul mais pas à ce point là....)

J'ai trouvé ma place. J'en ai perdu 10 kg, je me suis sortie de ma dépression latente, et j'ai la sensation d'être enfin sortie de mon adolescence (tu vas me dire à 36 ans il était temps). Je suis plus sereine face à la vie et en plus je suis plus présente pour ma fille: physiquement et psychiquement. Je ne lui ai jamais autant dit que je l'aimais et à l'école j'ai plutôt la sensation que ça va mieux....

Il n'y a pas longtemps, j'ai lu un livre où l'auteur disait "l'essentiel n'est pas de trouver sa place mais de la chercher". Je m'aperçois que même taper cette phrase m'est douloureux. J'ai due m'y reprendre à 3 fois. 

Cette phrase je l'ai souvent dite. Mais, se trouver, trouver la place, compter pour quelqu'un, pour plusieurs même, savoir qui on est et pourquoi on est fait, s'asseoir et se dire "là c'est bien je peux me poser un peu...", c'est pas mal non plus.
 


Cette chanson, je me suis longtemps reconnue dedans... Je me suis souvent accrochée à elle, et parfois même elle m'a sauvé la vie... Aujourd'hui, elle prends tout son sens.... Ne pas trouver ma place tout de suite ça a aussi été ma chance...