Et on se rencontre???

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lundi 14 novembre 2016

14 novembre

Hier soir j'ai regardé Bridget Jones. 

Ce week-end, j'ai fait le week end à mille, les devoirs, et j'ai évité de pensé que 365 jours étaient passés.

J'ai évité les infos. Parfois, quand je tombais dessus, mes yeux, à nouveau se scotchaient à l'écran... Alors, on a fait les devoirs, la cuisine, on s'est disputés, puis on s'est embrassés,  on a lu, ....

J'avoue que j'étais mal à l'aise. Je suis de celles, comme beaucoup d'entre vous, d'entre nous, qui ont appris l'horreur de chez nous. Je revois ce tweet.... "Hey, ça tire vers chez moi... de partout... ça s'arrête pas... J'ai peur...". Puis un autre, puis un autre.

République. Mon frère y fait souvent la fête. Et puis  on énumère les copains sur Paris...La peur.

Ma mère m'appelle. Elle n'arrive pas à joindre mon frère... Une heure plus tard, elle me rappelle. Il devait aller boire un coup à la belle équipe, mais s'est ravisé. Trop fatigué. Ses potes auront eu autant de chance: à neuf heure, devant le monde à la terrasse et les envies de fumer, ils ont décidé, pour une fois d'aller boire un verre ailleurs. La clope sauve des vies parfois...

Puis il y a eu les jours, les mois... Et nous entamons les années. Parfois on est heureux de ne pas être touchés. Bénis des Dieux. On lit, et on regarde le malheur des autres comme pour se dire "ouf, on y était pas". Puis on se ravise, on s'en veut de cette pensée, d'être passés à coté, de l'avoir loupé de peu. 

Je ne peux plus regarder, lire tout ça. J'ai l'impression de regarder ce que je ne suis pas. Je ne veux pas me promener dans les rues de Paris, en guettant les impers trop amples, les poubelles trop pleines, les voitures mal garées. Je ne veux pas faire semblant de m'identifier non plus. Je ne suis pas eux. Je n'étais pas au Bataclan, je n'étais pas en terrasse, je n'étais pas au stade de France.

Je ne suis plus Charlie, je ne suis plus Bruxelles, je ne suis pas une victime. Parce que je ne veux pas avoir peur que ça m'arrive. Parce que je ne veux pas attendre que ça arrive à nouveau. C'est arrivé et je ne peux rien y faire. Mais je peux, faire en sorte, nous pouvons faire en sorte que cela n'arrive plus. 

Oui c'est un rêve, pieux, utopiste.

Quand j'étais jeune, on me "traitait" souvent d'utopiste. Je répondais avec aplomb, que Victor Hugo était traité des mêmes mots. Parce qu'il croyait qu'un jour, en France, les enfants ne seraient plus condamner au travail. Alors moi, je veux croire qu'un jour le monde sera paix et amour. 

Mais aujourd'hui en regardant, ces hommes, ces femmes, touchés, par la mort d'un proche, par une balle encore logée, par une nuit d'horreur, je veux leur laisser leur malheur, leur tristesse, leur reconstruction... 

Il faut leur laisser maintenant tout ça. C'est à eux, pas à nous. 

Qu'on en parle comme du moment où on a compris qu'il fallait se révéler, se relever, qu'on devait ouvrir les yeux sur ce que nous avons fait de notre état laïque, de l'immigration, des cités, ... Comment nous sommes aussi responsables de ces sentiments d'abandon et de recherches d'identités. Et comment, les fous, les DAESH, et autres extrémistes ont su récupérer nos échecs pour en faire des armes...

On doit s'en souvenir comme le moment où on a décidé de construire une nouvelle société. 

Laissons leur, leur deuil.

Et Mathou qui a toujours les bons dessins. Toujours.