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dimanche 25 février 2018

Ce qu'il me reste de toi

C'était pourtant les vacances. C'était pourtant attendu. C'était pourtant tellement de chose en fait.

Là, assise devant mon ordinateur, j'ai écouté ma mère en pleure me dire que tu étais morte. Je sais. Elle a dit décédée. Ou partie. Elle n'a pas employé ce mot là. Mais moi je l'aime bien ce mot parce qu'il dit ce qu'il veut dire. Tu n'étais plus vivante quoi. Tu étais morte.

Chéri est passé. Je lui ai dit que tu étais morte. Il m'a demandé si ça allait. J'ai dit "oui". Je ne ressentais rien. Je me disais que c'est ce qui était bien avec la maladie d’Alzheimer, c'est qu'on est tellement préparé à ton départ que bon, on est prêt quand ça arrive.

J'ai essayé de me souvenir de toi. Ça faisait 8 ans qu'on ne s'était pas vu. Et le seul souvenir que j'avais de toi, c'était ça: ce dernier moment à toutes les deux. En avions-nous déjà eu d'ailleurs?

Tu étais là, assise à l'anniversaire de mariage de ton fils, les yeux dans le vague et la maladie dans la peau.... Tu m'as regardé, le visage absent, la vie partout dans ce jardin, sauf là, en toi, dans ton corps, inerte au milieu des gens qui dansaient. J'ai pris une photo. Ton regard mort, déjà, m'a saisi.

- Ah non! Tata là t'es moche... Je t'ai lancé. Tu pourrais au moins sourire! C'est la fête!

Et puis, la vie a illuminé tes yeux bleus, et on pouvait presque y voir le soleil... Tu étais revenue avec nous, entre nous et j'ai gravé ce moment sur la pellicule. 

Ce seul souvenir de bonheur m'a envahi, je n'avais plus d'autres souvenirs de toi... Je cherchais Hambourg, Stuttgardt ou même Loudenvielle... Je me souvenais de Tonton qui nous faisait découvrir Bobby Lapointe, du cousin et de son tabouret Coca cola, qui nous lançait des "Tchao" avant de sortir, ou de ma cousine qui avait un chat dont je bouffais les croquettes... Mais toi, je ne me souvenais pas. Comme si javais tout effacé... comme si ma mémoire était partie avec la tienne, par solidarité...

On a pris la voiture deux jours plus tard, je me suis dit que chacun parlerait de ses souvenirs. Mais non. Finalement on a parlé beaucoup de ces dix dernières années, de souffrances pour toi, puis pour eux... On a parlé de cette maladie qui t'a prise en otage, cette maladie qui t'a volé ce temps, tes arrières petits enfants et tes souvenirs. Cette maladie qui était presque devenue toi. Avions nous tous été solidaire de ta mémoire? L'avions nous tous laissée partir? 

J'ai égrainé les photos. Petit à petit tu m'es revenue... comme un film à l'envers: il y avait la maladie, oui. Mais aussi le souvenir de la vie... La seule fois où tu m'as disputée, à raison, à l'adolescence. La première fois où tu as pris lidoledulardon sur tes genoux, ton regard bleu clair, qui me sourit, les costumes de scène que tu me montres dans le détail alors que je suis admirative de ton travail, l'école à Hambourg, quand tu me places à coté de ton bureau et que tu expliques que je suis ta nièce et que j'arrive de Paris, le pointillisme que tu as fait découvrir à tes élèves et que tu m’expliques ... mes premières émotions artistiques... Cette passion là, je la tiens donc de toi...

Tu n'es donc pas partie avec mes souvenirs. Ils sont là, c'est même toi qui les a mis là, dans ma mémoire, qui m'a dessiné mon amour pour Renoir, Monet et Manet, et qui m'a ouvert la voie vers Van Gogh, ou Klimt que je suis ensuite allé chercher toute seule comme une grande. 


J'ai cherché à la fin de mon article le premier tableau que tu m'avais montré à Genos, dans un livre, et je crois bien que c'était celui-ci.... J'avais même acheté quelques années plus tard, une montre avec au fond, cette toile...

Tout est revenue là, en regardant ta photo, posée sur ton cercueil, où soudainement j'ai eu à nouveau cette sensation que tu me regardais avec cette lumière dans ton regard. Tu étais là, avec tout ce qu'on avait vécu. Il a donc fallu que tu meurs pour que je te retrouve...

Je suis rassurée Annie. Je suis rassurée qu'un bout de toi existe en moi. Je suis rassurée de transmettre aussi ce que tu m'as donné. Je vais pouvoir partager encore longtemps un peu de toi, de ce que tu étais pour moi, de ce que tu m'as offert.

Alors, c'est un peu tard. Mais merci d'avoir été toi pour moi. Ce morceau de toi, que tu m'as offert, ni la maladie, ni la mort ne l'auront emportés. Et je pourrais toujours le transmettre à mon tour.